Le sentiment d’efficacité personnelle est un indicateur pertinent pour comprendre et agir. Dans un monde du travail en équilibre instable permanent, il est tentant d’osciller entre espoir et découragement. Il existe différentes manières de se comporter : certains peuvent baisser les bras, se décourager, douter d’eux, d’autres peuvent voir les objectifs assignés comme autant d’obstacles difficiles à franchir, d’autres encore résister au changement ou adopter des modes d’action impertinents.

Pour comprendre ces mouvements ambivalents, le docteur en psychologie Albert Bandura a mis en exergue un mécanisme psychologique intéressant. Son concept est nommé le sentiment d’efficacité personnelle. Il fait référence à la croyance qu’a un individu en ses capacités à atteindre des buts ou de faire face à différentes situations. Ce sentiment d’efficacité personnelle constitue un déterminant puissant de la motivation à agir et de la persévérance vers l’atteinte d’un but. Il influence ainsi les performances, permet l’adaptation aux situations nouvelles et accroît la persévérance d’un individu dans la résolution d’un problème ou dans la réalisation d’une tâche complexe.

Le sentiment d’efficacité personnelle n’est pas inné et se développe en fonction de plusieurs facteurs

L’efficacité personnelle ou l’autoefficacité n’est pas un trait de personnalité inné et stable. En effet, on peut se sentir compétent dans un domaine et non dans un autre. Par exemple dans la catégorie sport on peut être doué au basket mais pas à la natation.

Ce sentiment d’autoefficacité varie en fonction de nombreux facteurs, notamment à travers les expériences antérieures, la réussite d’autrui ou encore la persuasion sociale (encouragement et découragement).

Le sentiment d’efficacité personnelle ne doit pas être confondu avec l’estime de soi. Le premier renvoie à l’évaluation que l’on fait de ses capacités, la seconde porte sur la valeur que l’on s’attribue (ce que je vaux). L’un et l’autre d’ailleurs ne s’influencent pas forcément. Ils peuvent être dissociés. Ainsi, je peux me sentir peu capable de danser (sentiment d’efficacité négative) mais posséder une bonne estime de moi. Ainsi encore, je peux m’estimer bon bricoleur (sentiment d’efficacité positive) mais porter une faible estime de moi.

Le sentiment d’efficacité ne doit pas non plus être confondu avec un mécanisme assez connu nommé le locus of controle (LOC). Le LOC est la manière dont on impute ce qui nous arrive. Par exemple, je peux considérer la réussite à un examen comme le fruit de mon intelligence ou du travail que j’ai fourni (LOC interne) ou comme le fruit de l’indulgence de l’évaluateur (LOC externe). Notons quand même que ceux qui ont tendance à s’imputer les causes de leurs succès comme de leurs échecs ont généralement une meilleure estime de soi que ceux qui y voient des causes externes ou extérieures à eux.

 Ce qu’il est intéressant de noter c’est le lien entre le sentiment d’efficacité personnelle et le niveau de performance. Nombre de travaux en attestent.

Des chercheurs ont fait croire à des personnes qu’elles possédaient de bonnes performances musculaires et à d’autres des performances plutôt faibles. Sur cette base ils ont constaté que les premiers développaient des performances musculaires supérieures, étaient plus endurants et s’investissaient davantage dans l’activité. Des expériences en tennis, gymnastique, natation, etc. ont corroboré ses résultats et ont même montré qu’un tel sentiment d’efficacité abaissait le niveau de stress, augmentait la capacité à faire face à l’échec et à le relativiser sous forme d’une difficulté passagère. Sur un autre registre, la santé, des travaux ont montré que les fumeurs qui parvenaient à arrêter de fumer sont ceux s’en estimant capables. Partant, on voit bien que la connaissance des risques et certaines campagnes de sensibilisation jouant sur la peur peuvent avoir un effet contreproductif.

Et dans le domaine professionnel ?

Une expérience sur des managers plutôt « doués » a consisté à leur faire croire à ces 3 assertions relatives à la prise de décision, aussi complexe soit elle :

  • une prise de décision est innée ;
  • il est difficile de contrôler une organisation
  • la performance professionnelle est insuffisante.

Résultats : ces assertions ont engendré chez les managers une diminution de leur performance managériale, un doute sur leurs compétences et une perte d’espoir de diriger l’organisation vers un idéal.

Sur un autre groupe de managers, les assertions étaient inverses. Résultats : elles ont provoqué un plus grand sentiment d’efficacité personnelle, un plus fort enthousiasme et une plus grande productivité de l’organisation.

Il apparait ainsi que le sentiment d’efficacité personnelle conditionne les stratégies de gestion du stress. Ainsi ceux qui ont un fort sentiment d’efficacité adoptent plutôt des stratégies qui visent à résoudre le problème ; ceux qui ont un faible sentiment d’efficacité adoptent plutôt des stratégies d’évitement (fuir la situation stressante en se divertissant, mangeant, dormant, etc.). Par exemple, les statistiques démontrent que chez les personnes en situation de chômage, le sentiment d’efficacité est un élément fondamental qui permet la réembauche. Autrement dit, plus on se sent capable de trouver un emploi, de chercher du travail et de se présenter comme une personne compétente plus rapidement on accède à un emploi.

Le sentiment d’efficacité personnelle agit donc sur de nombreux processus tels que la motivation, la gestion du stress, la mise en action, l’apprentissage, etc.

Le « si on veut on peut » n’est donc pas qu’un adage de grand-mère ou une simple adhésion à la méthode Coué mais bien un constituant de la réussite. Mais selon Bandura, le sentiment d’efficacité personnelle est un constituant à la réussite est corrélé à une condition : il est strictement nécessaire que l’environnement dans lequel se trouve l’individu crée les conditions du développement du sentiment d’efficacité personnelle. Autrement dit, la réussite va se produire si et seulement si l’individu peut conjuguer simultanément sentiment de réussite et environnement propice à la réussite.

On le voit, l’efficacité repose d’abord et avant tout sur un sentiment qui voit le jour en fonction d’un contexte donné. Da,s ce sens, c’est donc à l’entreprise, aux managers et aux encadrants de susciter ce sentiment chez les collaborateurs. Quels sont les leviers aux services des managers ? Plusieurs outils existent déjà, mais il doivent être travaillés pour créer un environnement favorable : la fixation d’objectifs atteignables, la valorisation des réussites individuelles (par l’offre de formation, par l’accompagnement et le soutien) ou encore la valorisation des réussites collectives par l’instauration de rites et de moments festifs.

Au fond, et c’est finalement une approche de bon sens : la performance d’une entreprise repose sur celle de ses acteurs qui elle-même est conditionnée par ce que l’entreprise sait – ou ne sait pas – susciter. Autrement dit, la performance d’une entreprise tient aussi – et peut-être surtout – à sa capacité à créer un cercle vertueux.

Pour aller plus loin : Les application du sentiment d’efficacité de BANDURA